Pour les déjections animales, nous faisons la distinction entre le gisement récupérable et le gisement réellement mobilisable. En effet, dans une petite exploitation agricole avec une dizaine de bovins, les déjections sont techniquement récupérables, mais le faible gisement n’est pas pour autant valorisable, la rentabilité économique d’une installation de méthanisation ne pouvant s’opérer qu’à partir d’un certain flux d’effluents.
Afin de calculer les gisements récupérables, les différents cheptels ont été classés suivant leur type (par exemple vaches allaitantes ou vaches laitières), leur âge (facteur influençant la production notamment chez les bovins et les porcins) ou leurs espèces (parmi les volailles, on retrouve des poules pondeuses, des poulets, des dindes, des canards, …).
A chaque classe de cheptel correspondent un ratio de production annuelle (source : instituts d’élevage) et un mode d’élevage moyen (source : étude Biomasse Normandie). Ces données ont été consolidées par des experts locaux afin de coller au contexte régional.
| Effectifs en 2007 | Fumier (en t) | Lisier (en t) | Fientes (en t) | Potentiel énergétique | Part respective | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Bovins | 793 000 | 2 800 000 | 954 000 | 112 500 tep | 77,20% | |
| Ovins | 777 000 | 194 000 | 6 600 tep | 4,50% | ||
| Caprins | 415 000 | 415 000 | 14 200 tep | 9,70% | ||
| Porcins | 381 000 | 41 000 | 269 000 | 6 000 tep | 4,10% | |
| Volailles et lapins | 11 076 000 | 85 000 | 67 000 | 47 000 | 6 500 tep | 4,50% |
| TOTAL |
|
3 535 000 | 1 290 000 | 47 000 | 145 800 tep | 100% |
On constate que l’essentiel du potentiel énergétique des déjections animales provient de l’élevage bovin, pour plus de 75% du potentiel global. D’autre part, on note également une prépondérance du fumier sur le lisier, ce qui peut avoir son importance dans le cadre d’une valorisation par méthanisation.
La mise en œuvre d’une unité de méthanisation à la ferme comporte quelques contraintes, à la fois techniques et économiques. La première est directement liée à la nature des effluents. A l’heure actuelle, la technique de méthanisation la mieux maîtrisée est celle dite « en infiniment mélangée », c’est-à-dire à partir d’une base liquide. Pour une méthanisation à la ferme, cette base liquide est constituée par le lisier.
Etant donné la structure de la production de déjections animales (26% de lisier – 73% de fumier - 1% de fientes), on conçoit donc qu’une partie des fumiers produits ne pourront pas être valorisés dans l’immédiat. Cependant, le développement dans un futur proche d’une technique de méthanisation par voie sèche, en phase pilote sur un site agricole de Vendée, pourrait remettre en question cette affirmation.
Pour déterminer les quantités mobilisables, nous nous sommes appuyés sur la répartition des exploitations agricoles en fonction de leurs orientations technico-économiques (OTEX) et de leur taille, basée sur le Recensement Agricole de 2000. Nous avons choisi de ne retenir que les exploitations ayant une production potentielle de lisier, donc avec un troupeau bovin ou porcin, et un cheptel minimal de 100 UGB. Selon cette approche, 57% des déjections récupérables sont potentiellement mobilisables.
Ainsi, on peut estimer que le potentiel énergétique des effluents d’élevage mobilisables est d’environ 85 000 tep, provenant 895 000 tonnes de lisier et de 2 050 000 tonnes de fumier.
Le gisement mobilisable ainsi défini est un gisement théorique qui peut constituer un objectif à atteindre. Dans tous les cas, l’approche locale doit être privilégiée. De cette approche peuvent émerger des possibilités quant à l’intégration de co-substrat d’exploitations voisines, tel du fumier, qui n’a pas pu être intégré dans nos estimations précédentes.
La mise en place de méthaniseurs sur les exploitations agricoles s’accompagne de certaines autres contraintes : il est nécessaire de s’assurer d’une utilisation thermique locale du biogaz pour rentabiliser le projet (Le prix de rachat de l’électricité issue du biogaz est fonction du taux de valorisation thermique de ce biogaz). D’autre part, dans certains cas, le procédé de méthanisation va conditionner un changement de structure des sous-produits à épandre (passage d’un épandage de fumier solide à un épandage de digestat liquide), ce qui risque d’entraîner des contraintes techniques particulières pour les agriculteurs.
Mais l’émergence éventuelle de mini-méthaniseurs pour les petites exploitations, ou d’une technique de méthanisation par voie sèche, ouvre des perspectives intéressantes pour la valorisation de ce gisement, un des plus importants de biomasse de la région.